Lundi 28 juillet 2008

 L'orage ( Genji )
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Je l'entendais gronder au loin, tel une bête enragée, une toux de tuberculeux, un roulement de tambour.

Ses éclairs zébraient le ciel en étendant leurs bras parmi les nuages, comme pour agripper les étoiles de leurs doigts effilés.
Ce doux murmure était un des seuls qui me faisaient vibrer, à l'instar du bruissement du vent dans les feuilles et du clapotis de l'eau dans un lac d'eau douce. Il me rappelaient mon enfance heureuse au sein de ma patrie mère : le Japon.

Mon pouls s'accélérait avec la venue de l'orage, mes mains tressautaient à chaque décharge.

Les gens prenaient souvent cela pour de la peur. Il croyaient que je redoutais ce brusque changement climatique, cette déchirure dans la voûte céleste qui scindait en deux mon cœur dévasté.


Ça peut vous paraître cliché. Non ? A moi, oui. Mais je n'y peux rien.

Comme on dit, on ne se refait pas.


Si je leur avais dit à tous que j'attendais sa venue avec impatience, ils m'auraient prise pour une folle, une originale, une timbrée.

De même que si j'annonçais à mes petits copains que je vouais un amour fou, exclusif et inconditionnel à ces évènements météorologique.


Un jour, pourtant, j'avais essayé de communiquer cette passion à une camarade. Je lui faisais écouter le bruit du vent, l'emmenais mirer la pluie du haut du toit d'un immeuble...

Oh, je ne tentais pas de lui expliquer.

Il y a des chose qui ne s'expliquent pas.

Non, je voulais lui apprendre à ressentir la nature, telle que je la ressentais moi.

Mais ça n'a jamais marché.

Parfois les actes les plus simples sont les plus longs et les plus difficiles à apprendre.

Si l'on me demandait en quoi je voulais me réincarner dans une vie postérieure je répondais invariablement « moulin à eau », « paratonnerre » ou « girouette ».

Ça avait de quoi surprendre mes interlocuteurs, je l'avoue.


Les gens ne se lassaient jamais de me voir sombrer dans ma psychose amoureuse à sens unique.

Certains voient la vie en rose. Moi je voyais la vie en gris.


Je suivais la météo avec une ferveur toute religieuse.

C'était comme si je lisais la rubrique « courrier du cœur » d'un quotidien féminin.
Ou mieux encore, comme si ces lettres m'étaient destinées et que les


présentatrices étaient les postières de vingt heures qui me remettaient en main propre toutes ces marques d'affection que le temps me témoignait.


Certains disent avoir le coup de foudre.

Il se fourvoient.

Moi je savais vraiment ce que c'était que d'être électrifiée par un amour subit qui ne connait ni fin ni trêve.


Mes parents me considéraient avec une crainte affectueuse. J'étais la gentille fille qui courait après les champs électromagnétiques, un peu remuée du bocal. Non, plutôt vraiment fêlée de la cafetière, mais pas méchante.

Ils redoutaient sans doute que ma « maladie » ne se refile à mes petits cousins et mes quatre frères et sœurs -car je suis la cadette d'une famille nombreuse, cinq enfants, pas moins- ce qui ne serait vraiment pas envisageable, voire dramatique.


Mais un matin de décembre, un de ces jours froids et venteux où l'on préfèrerait rester au chaud sous la couette avec un bol de chocolat chaud à portée de main que d'aller mettre le bout de son nez rouge dehors, au risque de finir éternellement congelée à l'arrêt de bus un mouchoir à la main. Oui un de ces matins gris je découchai.


Enfin en un sens je restais fidèle aux éléments, puisque l'objet du désir portait le singulier prénom de Natsuhyô.

Je décidai de rester donc au lit avec ma grêle d'été et de contempler les nuages du bas de mon vélux, en ressentant une délicieuse culpabilité qui rongeait ma conscience lentement mais sûrement.


A dater de ce moment je préférai ses bras fermes à n'importe quel éclair, ses yeux de glace à n'importe quelle cascade, son souffle sucré à n'importe quel alizé.



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Orage (Jorajho )
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L’orage a commencé à tonner.

Je suis rentrée précipitamment dans la maison.

Dehors le linge est resté accroché, battu par les éléments.

A travers la vitre je voyais les éclats de fureur dans le ciel, et je tremblais en silence.

La litanie du tonnerre martelant les cieux, me terrifiait.

Ces longues cicatrices infligées à l’atmosphère, l’électricité alentour mettait mes nerfs à vif.

Néanmoins, j’avouais, derrière ma barrière de verre, que le spectacle avait quelque chose de magnifique et d’envoûtant.

Nous humains, n’avions plus voix au chapitre quand la terre foudroyait ainsi nos créations.

L’orage faisait remonter mes angoisses les plus primitives, j’avais l’impression de ne plus être en sécurité.

Cela grondait sans relâche, les vitres s’étaient mises à trembler.

Les bras croisées, je reculais.

C’était une belle journée d’été soudainement gâchée.

J’étais seule face à l’orage, une force qui pouvait m’anéantir d’une seule frappe.

Que pouvais-je moi face à cette puissance de la nature ?

Le mouvement du ciel et des nuages sombres, s’accélérait.

Jusque là je n’avais jamais pris le temps d’observer un orage.

J’observais en son coeur mon ennemi intime, et ses claquements assourdissants.

Il était la cause de tant de frayeurs de petite fille, et pourtant ce n’était pas un être palpable.


J’aurais eu bien du mal à expliquer ma soudaine fascination pour la foudre.

Quiconque serait entré à ce moment là, m’aurait trouvée figée à quelques mètres de la baie vitrée, sur la défensive.

Le temps s’obscurcissait encore. La nuit avait rongé la lumière du jour.

J’avais vaguement l’impression de regarder un spectacle surnaturel.

L’orage m’inspirait autant de répulsion que d’attraction, comme un aimant inversant toute polarité.

Le vent se levait, martelant le toit, et je ne me m’étais toujours pas décidée à bouger.

De loin en loin, un éclair faisait éclater le silence et toujours, des frissons couraient sur ma peau.

Ce n’était pas rationnel, c’était entièrement physique de ressentir ainsi l’orage...


Cela ne se calmait pas, bien au contraire. J’eus l’impression de faire face au plus fort orage de la décennie. Je plongeais dans un hypnotisme troublant. Le ciel ressemblait à un chiffon prêt à se déchirer de toute part. Mon coeur, battait à grands coups, accélérant à chaque éclair.

J’avais l’impression que le tonnerre se rapprochait.

La maison en subissait les assauts, cette bâtisse moderne et toute construite de verre.

Pour l’instant, elle n’était plus qu’une immense cage de Faraday.

J’avais enfin la force de me détacher du spectacle des éléments en furie.

J’allais m’asseoir dans un fauteuil du salon, guettant toujours la foudre par la vitre latérale du salon.

Il faut croire que je vivais seule depuis trop longtemps pour être aussi affectée par un banal déchaînement d’électricité. Il y a bien longtemps que les scientifiques ont pu déterminer la cause de tels phénomènes. Pourtant, cela resterait toujours mystérieux de voir le ciel gronder, vibrant d’énergie.

C’était une sourde colère, comme des cris rauques.

Derrière moi, contre le mur, le large aquarium tremblotait. Les poissons sentaient -ils la même chose dans leur univers d’eau et de silence ?

Je n’aime pas les poissons. J’avais gardé l’aquarium en souvenir de Gabriel.

Avec lui, je n’avais pas aussi peur de l’orage.

C’était stupide de croire qu’un autre être humain pourrait me préserver du tonnerre. Il n’y pouvait pas plus que moi, nous sommes tous impuissants face à la Nature. Elle nous tient à sa merci, et comme j’ai tendance à le croire, c’est dans l’ordre des choses.

Cet orage sans fin n’attisait pas mes angoisses, finalement je me satisfaisais de ses nuages agressifs.


En début de soirée, je devais recevoir la visite de Kay, ma voisine et nouvelle amie.

Mais je savais qu’elle ne pourrait plus venir à cause du temps.

J’étais isolée.

Mais pourquoi alors n’avais-je plus peur de ces déflagrations puissantes, comme si la terre allait s’ouvrir en deux pour m’engloutir ?

Je prenais de l’âge, je commençais à apprivoiser le tonnerre.

Je m’en délectais même, presque émue aux larmes, par les déchirures de lumières, les zébrures.

Se peut-il qu’on commence à atteindre une certaine sagesse, que la peur n’ait plus sa place dans mon âme ?

Ça n’allait pas durer je le savais. Bientôt surgiraient de nouvelles angoisses, de nouvelles peurs, qui prendraient la place de celle-là.

Ce seraient des peurs plus justifiées, plus raisonnables, mais de moins belles peurs...

L’orage est l’irrationnel, le mystique, le rappel de notre vulnérabilité.





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L'orage (Jigsawmind)
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A l'abri, sous mes draps, je me bouchais les oreilles de mes mains pour ne pas entendre les cris de la nature en colère. Ses hurlements furieux et violents semblaient reprocher au monde son inconstance, son indifférence. Un tonnerre retentit. Je sursautai et m'enfouis plus loin encore dans ma cachette de fortune. La pluie frappaient à mes carreaux, comme pour demander la permission d'entrer. Cette invitation si courtoise me tira de mon lit. Je m'approchai timidement de la fenêtre et osai jeter un oeil à l'extérieur.

Le spectacle qui s'offrit alors à moi était de toute beauté. Ma peur s'envola comme si c'eût été un grain de sable sur lequel on aurait malencontreusement soufflé. L'orage m'hypnotisait, m'attirait, me fascinait, plus rien n'aurait pu forcer mes yeux à se détourner de ma fenêtre.

Les arbres saluaient le vent à son passage en se courbant avec distinction. Les feuillages grandioses, d'un vert surnaturel, s'agitaient, s'étiraient, dansaient avec grâce et souplesse, festoyant sur la venue de l'orage, au cœur de la forêt, avenue de la nature. Les gouttes de pluie qui s'écrasaient sur le l'herbe humide et odorante semblaient chacune résonner comme une douce note de musique. La pluie continuait de taper à mon carreau, inlassablement. J'ouvris alors la fenêtre et laissai les gouttes entrer dans ma demeure, je les y invitais ! Elles me remerciaient en me permettant de communier avec la nature. L'eau me pénétrait de toutes parts, s'insinuait dans ma peau, dans mes os, dans mon âme. Une étonnante fragrance qui n'était que fraîcheur s'engouffra dans ma chambre. Je m'enivrais ! J'exultais face à ce concert archangélique ! J'en oubliais le monde autour, ma prison matérielle, j'étais dans la nature, dans le vent, dans la pluie, dans les arbres ! Le roulement de tambour mené par les tonnerres fait accélérer cette musique au rythme de mon cœur. Existe-t-il en ce monde orchestre plus divin que celui de la nature furieuse ? Maître de cette symphonie, l'éclair donnait le signal tel que le ferai le Maestro avec sa baguette : personne n'agit sans sa permission comme le tonnerre ne résonne pas sans l'éclair. La nature pleurait sur sa beauté comme je pleurais sur ses accords suaves et dolents.
Mon âme exaltée chantait à l'unisson avec ce concert de la nature. Que de beauté dans les larmes de Mère Nature, que de poésie dans ses pleurs ! Et le ciel me bénissait de ses larmes divines, et le vent me chuchotait des secrets, et l'éclair me frayait un chemin dans la nuit, et la pluie me trempait, m'enivrait !

Solidement appuyée à l'encadrement en bois d'ébène de ma fenêtre, je faisais face à l'orage. Je l'implorais, je l'invitais, je voulais me joindre à ces grandioses festivités. Je ne voyais plus qu'à travers le voile noir de mes cheveux mouillés qui se collaient contre mon visage rouge d'exaltation. Cependant, je ne me risquais pas à faire un geste pour les écarter de mon chant de vision : je craignais que ce tableau d'une beauté surnaturelle, ce spectacle onirique ne disparaisse, ne s'évanouisse comme une plume sur laquelle on soufflerait trop fort.

Je chantais à l'unisson avec le chœur de voix que formait ce cortège naturel. Je suivais les mouvements des pins et des châtaigniers, des chênes, des buissons et des fleurs qui, tantôt se pliaient religieusement à l'arrivée du tonnerre, tantôt dansaient avec grâce et vigueur. Je désirais ardemment me joindre à cela, je désirais me fondre dans les éléments, je désirais quitter mon corps superfétatoire et briser les chaînes du matériel, je désirais être un élément, être dans cette nature, participer à ce prodigieux miracle. Le vent qui parvenait dans ma pièce m'insufflait confiance et puissance, balayant d'un mouvement leste mon angoisse, ma peur mais aussi ma raison déjà chancelante.

Puis le magistral tonnerre se fit plus lointain, le génial éclair plus pâle, la divine pluie plus sèche, mon ardeur moins violente, mon âme moins exaltée. Lentement, les nuages s'écartèrent, libérant le ciel, restituant son trône à la Lune et à ses enfants les étoiles. J'étais engourdie, le froid me gagna, le sommeil s'empara de moi. Je sentis Morphée déposer son doux baiser sur mon front détrempé.

Cette nuit là, pour la première fois, j'ai rêvé de l'orage ... Dans mon rêve seulement, je pouvais percevoir une part de cet absolu.





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Par Plumes-Funestes - Publié dans : Autres
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Samedi 12 juillet 2008

Enfance (Jigswamind)

 

Tendre enfance, je sens tes bras me quitter, ta protection de velours et de contes s'évaporer, ta présence s'évanouir. Jusqu'à lors, tu m'as tenue serrée contre ta chaleureuse poitrine, mais à présent, tu m'as abandonnée au milieu de cet océan de vérités douloureuses.

Des livres épais et lourds ont remplacés mes poupées aux cheveux longs et soyeux. Lorsque tu t'es trouvée sur le seuil de ma porte, tu les as emportées dans tes lourds bagages. Ton souffle chaud ne glissera plus le secret de la naïveté au creux de mon oreille, mes nuits ne seront plus hantées par mes chimères d'enfant mais par les horribles démons de la réalité.

O, ma chère Enfance, un instant encore au creux de tes bras rassurants, accorde moi le !

Un moment seulement, où je m'abandonnerai à toi, un infime et précieux moments où j'oublierai les démons de la vérité et de tout ce qu'elle m'a appris. Un moment, un instant, une seconde, un souffle, une éternité, durant laquelle je boirai tes fables réconfortantes, sans penser alors aux mensonges de tes paroles.

 

L'enfance (Genji)

Un rite initiatique, un baptême de l'air, le grand saut.

C'est le moment où la grande farandole de la vie bat son plein, où l'on se découvre nous, mais aussi tout ce qui gravite autour de notre frêle existence.

C'est le moment où la danse ne s'arrête qu'aux heures les plus sombres de la nuit pour redémarrer aux prémices de l'aube, sans s'essouffler, le moment où le bonheur et l'innocence nous entourent de leurs bras aimants pour nous chuchoter des promesses à l'oreille. Des promesses qu'on oubliera vite, remplacées par d'autres rêves aussi irréalisables, de douces et trompeuses illusions.

Après viendra un temps où le carnaval perdra de ses belles couleurs pour devenir plus gris, les contours moins flous, les rêves plus distants. Le songe laissera place aux amours et déceptions, la haine se fraiera un chemin parmi les ronces qui écorchent nos cœurs pour respirer à l'air libre. On voudra voir du monde, changer nos habitudes, on espèrera vivre enfin en accord avec les canons d'esthétiques et les principes moraux de notre époque. Ou au contraire on les rejettera, voulant marquer notre existence à la craie sur le grand tableau noir de la mémoire. Avec le temps nos noms s'effaceront, pour laisser place à des images, des sensations, des couleurs, des odeurs et sentiments plus durables. Mais nous, nous nous en souviendrons. Nous écarterons d'un geste ferme les voiles qui cachent cette existence. Les façades tomberont, pour laisser place à une muraille moins éphémère. Ce sera enfin la preuve qu'on cherchait tant, preuve que l'on existe. Nous commenceront alors à vivre et l'aube laissera place à un soleil éclatant aux rayons aussi beaux que dangereux. Nous aiguiseront nos propres armes sur ces rayons acérés, ce qui ne nous empêchera pas de rendre les armes au fil des rencontres et des occasions, pour devenir non moins forts, mais moins vulnérables.



Le temps a fui (Jorajho)


Le temps a fui.

Que reste-t-il de l’enfance ?

Une odeur d’herbe de cette après midi là ou nous jouions au monopoly dans un jardin ?

Un souvenir d’été, au bord du lac, où le soleil nous écrasait de ses rayons ?

Où sont passées ces minutes qui emplissaient toute une vie, qui se comptaient en années ?

Et nous avons perdu du temps, les souvenirs partent en fumée. Déjà aujourd’hui n’est plus qu’une lointaine mascarade.

Les rires et les colères, tout semble si ridicule à distance, comme si alors j’étais quelqu’un d’autre…

Nous avons fait un bond dans le futur que nous imaginions si beau et qui en fin de compte ne vaut pas le passé. Que vit-on à ressasser des souvenirs, a donner une valeur à ces instants échappés, qui ne valaient rien au moment où nous les vivions ?

Tout cela a-t-il la moindre importance maintenant ? Le pire serait de ne plus rien ressentir en contemplant cet enfant, que nous étions et qui devient étranger…

Le temps a fui.


Par Plumes-Funestes - Publié dans : Autres
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Vendredi 4 juillet 2008
Il était une fois, dans le pays merveilleux de la nuit, un roi.
Un roi paré de plumes si belles et majestueuses que l'on pouvait l'apercevoir voguer au gré des alizées à des kilomètres à la ronde.
Tout le monde admirait ses plumes. Qu'elles étaient belles, qu'elles étaient brillantes.
Elles étaient la fierté du roi, ainsi que ses rayons de lune, les plus beaux rayons de lune que l'on eut jamais vus de mémoire d'albatros.
Seulement un jour, une tempête s'abbatit sur le royaume, déchirant le ciel de ses éclairs foudroyants.
Le hasard voulut que le Roi de la nuit se trouvat en périple à travers les nuages, à la recherche de rayons de lunes encore plus beaux que ceux qu'il possédait déjà, quand la catastrophe se produisit.
Un éclair l'atteignit, fauchant les trois plus ravissantes plumes du bel oiseau, qui sombrèrent tristement dans les abîmes de l'oubli, au beau milieu de la nuit.
Alors, le roi, qui désormais se trouvait en piteux état, vola sans s’arrêter, traversant les lourds nuages zébrés par l’orage.
Il ne voulut point regagner son royaume, où il ferait bien pâle figure, privé de ses plus belles plumes, celles aux couleurs d’or et de bronze.
Il abîma chaque parcelle de son énergie à battre des ailes, perdant de l’altitude au fur et à mesure.
Mais dans le ciel infini, les nuages perdaient leur éclat pourpre pour prendre une teinte pale, opalescente. Il avançait à présent au coté d’un voile léger, blanchâtre.
Lui qui avait perdu sa plus grande fierté, errait maintenant sans but, quittant le monde de la Nuit.
La force de continuer à parcourir le ciel lui manquait.
Il se sentait tomber, peut-être allait-il rejoindre ses plumes merveilleuses, son plus beau trésor ?
Il s'abîmait. Il tombait. Les nuages s'écartaient, ne le reconnaissant plus, les oiseaux l'évitaient, la lune le reniait. Il heurta le sol, cette réalité dure et âpre. Il suffoquait, se noyait, se sentait happé par les eaux pronfondes et épaisses du Styx. Plus il tentait de se dégager de cette fange infâme, plus les bras des âmes déchues tiraient sur son plumage désormais fade. Il vit alors, flotter sur la surface lisse et brillante d'un lac, ses divines plumes. Elles erraient à la surface des flots, tantôt éclairées par la lune bienfaitrice, tantôt abritées par l'ombre d'un majesteux arbre. Sombrant toujours plus bas, il ne put aller les récupérer. Il fit alors un voeu à la lune. Il y mit toute son âme souffrante, tout son coeur déchiré. Il souhaita que ses magnifiques plumes aux éclats de la nuit serviront à faire de la magie. Le Lune réflechit, les étoiles se concertèrent autour d'elle, les vents murmurèrent doucement, les arbres étiraient leur branches pour entendre la sentence finale.
Voyant le terrible désespoir du roi, voyant la beauté unique de ses plumes, le voeu lui fut accordé et son trésor fut sauvé.
Elles furent taillées puis trempées dans de l'encre, pour être ensuite disposées à trois endroits différents de la Terre.
Par Plume-Funeste - Publié dans : Nouvelles
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